CAF 2025 : vers une Afrique unie par sa confiance numérique partagée
Bénin, carrefour battant au cœur de la 5 éditions du Cyber Africa Forum (CAF), qui s’est tenu à Cotonou, une thématique a cristallisé l’attention de tous les experts, décideurs politiques, entrepreneurs et acteurs technologiques présents, la construction d’une identité numérique nationale. Ce sujet, à la croisée des défis techniques et des enjeux sociétaux, a été abordé sous l’angle de la sécurité, de la confiance et de l’interopérabilité, trois piliers jugés essentiels pour garantir une adoption durable du numérique sur le continent africain.

La question n’est plus de savoir si l’Afrique doit mettre en place des systèmes d’identité numérique, mais plutôt comment les concevoir de manière inclusive, éthique et résiliente.
Un consensus fort sur l’urgence
Dès la première matinée du forum, les discours introductifs ont donné le ton, l’Afrique doit accélérer sa transformation numérique tout en mettant la protection des données et l’éthique au cœur de ses politiques d’identité numérique.
Pour le Directeur Général de CNIN, cette identité numérique nationale n’est pas seulement une solution technologique, mais une responsabilité sociale. Il a rappelé que « construire une identité numérique fiable, c’est bâtir un monde numérique responsable, où la sécurité des données devient une priorité collective ». Pour lui, il est impératif d’ancrer les projets numériques dans des cadres législatifs clairs et protecteurs, tout en assurant une gouvernance ouverte.
La vision du secteur privé
Les entreprises technologiques présentes au CAF 2025 ont exprimé leur volonté de contribuer à cette ambition, en partageant leurs expériences et visions sur l’interopérabilité et la confiance numérique.
Chary DOUMBIA, DG de MTN Business Bénin a mis en lumière l’importance de bâtir une infrastructure ouverte et interconnectée « L’avenir des identités numériques dépendra de la manière dont nous faisons dialoguer nos systèmes. Il ne suffit pas d’identifier les citoyens, il faut leur permettre de circuler dans l’écosystème numérique sans friction ». Il a notamment insisté sur la nécessité de créer des ponts entre les solutions publiques et privées, dans une logique d’harmonisation régionale mais l’éducation numérique des jeunes est aussi une grosse priorité de MTN.
Du côté de la cybersécurité, Hervé MONDOUHO responsable de Kaspersky pour l’Afrique francophone a alerté sur les risques liés à la centralisation des identités sans protection adéquate « Plus nous stockons de données critiques, plus l’exposition au risque s’accroît. Kaspersky promeut une approche zéro confiance, où chaque accès est vérifié, chaque donnée est chiffrée et chaque système est audité ». Il a également souligné le besoin de sensibiliser les citoyens aux enjeux de sécurité dès le plus jeune âge.
L’implication du secteur financier
Les institutions financières, de leur côté, voient dans l’identité numérique un levier de croissance inclusive. Ghislaine SAMAKE, Directrice Générale d’Ecobank Guinée Bissau, très impliquée lors des panels, a partagé l’expérience de son institution « Une identité numérique fiable est la clé pour bancariser les millions de citoyens encore exclus du système financier. Nous collaborons activement avec les États et les régulateurs pour que ces identités deviennent des passeports vers les services essentiels ».

Elle a également souligné le rôle que peuvent jouer les banques dans le développement de plateformes sécurisées et interopérables, notamment en matière de paiement numérique.

Quant à Loic APLOGAN, représentant régional de Visa, il a abordé la question de la confiance numérique sous l’angle de l’utilisateur « Pour que l’identité numérique fonctionne, il faut qu’elle inspire confiance. Cela suppose des technologies robustes, mais aussi une pédagogie constante auprès des utilisateurs finaux ». Visa, selon lui, travaille à rendre ses systèmes plus accessibles tout en respectant les standards de sécurité mondiaux.
Une dynamique continentale à construire
Au-delà des discours, le CAF 2025 a permis de confronter les idées aux réalités de terrain. De nombreux ateliers et sessions participatives ont permis de faire émerger des propositions concrètes, création d’un observatoire panafricain de l’identité numérique, harmonisation des cadres juridiques, lancement de projets pilotes d’interopérabilité régionale.
Ce qui ressort, c’est la nécessité d’un engagement multisectoriel, États, entreprises, société civile et citoyens doivent co-construire ces systèmes, en garantissant la transparence, l’éthique et la souveraineté numérique de chaque pays.
Le Cyber Africa Forum 2025 ne se résume pas à une simple rencontre d’affaires ou d’investissement dans la cybersécurité. C’est avant tout une véritable arène d’émergence pour la jeunesse africaine, un lieu où les nouveaux talents font leurs premières armes dans ce secteur stratégique.
À travers la compétition Hacker Lab, le forum a récompensé l’ingéniosité et la créativité des jeunes avec trois distinctions majeures : 1er, 2e et 3e prix.
L’édition 2025 a également honoré l’excellence avec le Lifetime Achievement Award décerné à Ouanilo MEDEGAN FAGLA, Directeur Général du CNIN, pour son engagement constant qui a contribué à faire du Bénin un véritable hub régional de la cybersécurité.
Enfin, le programme Cyber Africa Women a mis en lumière de jeunes étoiles montantes, Ismene DEGUENONVO, lauréate prometteuse, et Francisca DJOSSOU, Ambassadrice du programme, deux étudiantes au talent remarquable qui incarnent l’avenir de la cybersécurité au féminin.

«Le Cyber Africa Forum 2025 a été un moment fort, révélateur de la montée en puissance de l’Afrique dans le domaine de la cybersécurité. J’ai été particulièrement impressionnée par l’énergie des jeunes talents et la volonté collective de bâtir une souveraineté numérique durable. En tant que femme experte dans ce domaine, je suis fière de voir émerger une nouvelle génération de professionnelles engagées. Mon ambition est de mettre à disposition des jeunes les compétences en cybersécurité, avec une portée internationale, pour mutualiser les savoir-faire et renforcer la résilience numérique de nos États et entreprises. Il s’agit de former, innover et accompagner les acteurs économiques dans leur transformation digitale sécurisée. Je reste particulièrement attentive aux enjeux de protection des données dans le secteur financier, un domaine où la confiance numérique est cruciale. Il est temps que les entreprises africaines intègrent la cybersécurité comme un levier stratégique, et non comme une contrainte.» dixit Radia Ouro-Gbele, experte en cybersécurité, panéliste au Cyber Africa Forum 2025 à Cotonou
La construction d’une identité numérique nationale en Afrique ne peut se faire que si les piliers de la sécurité, de la confiance et de l’interopérabilité sont posés de manière concertée. Le Cyber Africa Forum 2025 de Cotonou marque une étape décisive vers cet horizon. Il appartient désormais aux décideurs d’en faire une réalité durable.